LES 11 QUI POURRAIENT MARQUER LE RAP FRANÇAIS EN 2016 !

Illustrations : Anthodraw

Les artistes ayant explosé en 2015 étaient presque inconnus 11 mois plus tôt : PNL, Niska ou encore SCH. Dans ce contexte de consommation rapide de la musique, les carrières deviennent éphémères, les rappeurs nous avaient pourtant prévenu (« le temps c’est de l’argent » punchliné à toutes les sauces). La trap a tellement saturé le rap français depuis la sortie de Zoo en 2012 qu’elle a accouché de sa propre fin : le cloud rap qui redessine les cartes. Difficile de savoir de quoi demain sera fait, même à court terme. Par amour du risque, ou parce que cet article sera soumis à la même amnésie que nos rappeurs, nous allons tenter de repérer 11 artistes qui pourraient marquer 2016 (sélectionnés pour leur potentiel, pas forcément pour leur talent qui, lui, est subjectif)

MHD – L’afro connexion

Il aura suffi d’un freestyle « AFRO TRAP », dont le titre annonce la couleur, pour que MHD fasse danser la France ou, tout du moins, YouTube. Le jeune rappeur ose des afrobeats et enchaine de façon rythmée ses freestyles. En plein raz-de-marée « Sapés comme jamais », MHD reprend déjà une partie des codes africains utilisés par Niska et s’en sert comme principal élément de démarcation. Depuis que le rap accepte à nouveau la danse, appelée virilement gestuelle, les rythmes proposés par MHD tombent à pic. La grande difficulté pour MHD est maintenant de proposer un album complet sans lasser ses auditeurs, plus complexe qu’une série de freestyles. La progression entre ses 5 parties d’AFRO TRAP nous laisse espérer que le jeune rappeur de 21 ans originaire du 19e en a les capacités.

MHD / Afro Trap Part 5

DTF – Les princes héritiers

Chaque rappeur entraine son entourage dans son sillage, avec plus ou moins de succès. L’arrivée fracassante de PNL ne pouvait pas faire exception, les deux frères des Tarterêts misent à fond sur le concept QLF (Que La Famille) pour nous présenter leurs « cousins » les DTF. On retrouve dans ce groupe du 94 beaucoup d’éléments qui font la recette de PNL : clips soignés, ambiance cloud-rap, paroles sombres, autotune, gimmicks… Leur mixtape « Le H avant le B » rencontre un certain succès. Le dernier extrait de leur album « La Hess avant le Bonheur » montre une meilleure maitrise de leur image et de leur musique avec un tournant plus « léger » que leurs aînés qui pourrait plaire à un nouveau public.

DTF / Cosmonautes

Djadja & Dinaz : Le Buzz ne dort pas

Décidément la combinaison auto-tune, cheveux longs et rap hardcore fait recette dans le rap français.C’est avec « On s’est fait seul » que les rappeurs Djadja & Dinaz ont exposé leur nouvelle orientation musicale. Le duo enchaine depuis titres musicalement hardcores, comme le freestyle « Booska Tenue de Motard 3 »,  ou plus ouverts comme « Maman Ne Dort Pas ». Les rappeurs accumulent les millions de vues, l’occasion de se rappeler qu’ils avaient déjà fait le buzz en 2014 avec le clip « Laisse Nous Faire le Biff » qui aura coûté 3 mois de prison ferme aux figurants ayant tiré à armes réelles. Ce triste épisode témoigne finalement de leur détermination et maitrise du buzz, ce qui leur sera bien utile pour exploser au-delà d’internet en 2016.

Djadja & Dinaz / Freestyle Booska Tenue de motard

Damso : Venu domso le rap français

Quittons les rappeurs français pour regarder en dehors de nos frontières, direction la Belgique rencontrer Damso. Il dénote des autres rappeurs de cette sélection car son buzz vient d’un featuring avec Booba (on peut dire qu’il a effectué le chemin à contre sens). C’est lui qui signe, ou saigne, le deuxième couplet de Pinocchio enchaînant vulgarité sur vulgarité. Il aura fallu un couplet pour choquer le rap français, il va assurément être écouté en 2016, de là à viser le disque d’or… ça nous obligerait à faire une comparaison trop évidente, poto.

Damso / Débrouillard

Hamza : Brasse au maximum

Toujours en Belgique, mais dans un registre très différent, on retrouve Hamza. S’enfonçant dans la tendance rap chanté auto-tuné, il réussit à nous piéger avec des sons aux répétitions acharnées de gimmicks (souvent le titre même du son martelé tout au long du morceau). Job, Respect, Mula ou encore Minimum sont à retrouver sur YouTube et extraits de sa mixtape « H24 ». En réécoutant le morceau « Personne » publié en juin 2014 on décèle déjà quelques indices sur la direction artistique qu’il a fini par prendre. Aujourd’hui, loin d’être le seul sur ce créneau il va devoir surpasser la concurrence pour espérer percer. Ce combat, il le mène sur l’apparence où il fait preuve d’un certain goût. Il avait d’ailleurs tourné un clip avec Nicolas Noel avant que ce dernier devienne le réalisateur de toutes les têtes d’affiches du rap français. Hamza un futur grand ? C’est tout ce qu’on lui souhaite.

Hamza / Minimum

Hicham Ali : 4×4 rapologique

Hicham Ali, jeune MC originaire de Nantes (44), se définit lui-même comme un rappeur sans frontièredans sa série des Freestyles Tout Terrain. Polyvalent c’est effectivement ce qui caractérise le rappeur. Il s’est fait remarquer avec son remix : « Nique les clones Part.2 » : Visuel simpliste, enchainement one shot, flow varié et textes précis, c’est la recette Hicham Ali. Après Gradur de Roubaix, Niro de Blois, Dosseh pour Orleans, Joke pour Montpellier est-ce au tour de Nantes d’avoir son représentant ? Une certitude, Hicham en a sous le capot, l’importance c’est pas le démarrage..

Hicham Ali / Remix Nekfeu N*** les clones

Siboy : Pas de maladresse !

Siboy avait beau se cacher sous une cagoule, Booba l’a retrouvé jusqu’à Mulhouse pour le signer dans le 92i. Le public a d’abord entendu son nom plutôt qu’un son, comme pour Damso, nul doute que la surprise n’a laissé personne indifférent. Siboy est hardcore, dans le fond et dans la forme, plus près d’un affrontement d’hooligans que d’un débat de philosophes : « Détruire pour reconstruire ? Quoi t’as cru que j’étais portugais ». Difficile, pour le moment, de s’imaginer un jour voir Siboy martelé sur les ondes ; mais on peut s’attendre à le voir débouler dans des gros featurings en 2016 histoire de braquer, à visage masqué, quelques rappeurs en mal de sensations fortes.

Siboy / Barbarie

Rufyo : Time is not an issue

Dans un autre genre que Siboy, Rufyo a lui aussi joué sur l’anonymat ne se dévoilant pas sur ses clips, Bangarang et Funambule. Deux clips visuellement très soignés, extraits de sa mixtape 00h92. Musicalement Rufyo est intéressant, cet univers qu’il travaille avec son beatmaker Frensh Kyd (dont il faudra aussi suivre la progression) colle parfaitement avec son personnage. Rapologiquement Rufyo est encore fébrile, pas encore mature mais sa vision est claire. C’est dans un entretien fleuve accordé à l’abcdr que l’on comprend qu’il ne suivra sûrement pas le même rythme de carrière que les autres rappeurs sus-cité: « Je ne veux pas percer du jour au lendemain et me retrouver avec une fan base indifférente. Je veux que les gens qui me suivent pour le moment comprennent ma musique »

Rufyo / Funambule

Elams : Dans la lignée de JUL ?

 

Décidément le Sud assaille le rap français : après que JUL et SCH se soient quasiment accaparé l’année 2015, c’est au tour d’Elams de venir braquer les charts. Il s’est fait remarquer avec « Homme à Terre » que l’on retrouve sur la mixtape d’Alonzo. Elams nous rappelle fortement JUL : une musicalité festive avec des paroles dures pouvant plaire à un public féminin. Comme lui, il poursuit un rythme de sortie infernal avec des singles musicalement ouvert mais transpirant la street. Reste à savoir s’il lui reste, lui aussi, 4 albums de prêt avant de caner ?

Elams / Homme à terre

Ninho : Du rap hardcore comme on n’en fait plus

Ninho est plus Niska que PNL, il a d’ailleurs publié un remix de « Charlie Delta » de son homologue du 91. Habitant actuellement dans le 77 et à tout juste 20 ans il fait preuve d’une bonne technique et de punchlines acerbes. Ses freestyles l’ont amené tout droit jusqu’aux mixtapes de Booska-P et OKLM. Si, comme pour Siboy, on pouvait s’interroger sur sa capacité à dépasser le format Freestyle, la sortie début Janvier de « Bloqués en bas » (extrait de ISPAC volume 2) nous prouve le contraire. On peut voir en Ninho une version 2.0 de la trap française : flow plus rapide, musicalité plus développée sur les refrains,.. son jeune âge peut laisser présager de bonnes surprises.

Ninho feat Sirsy / Bloqués en bas

Jorrdee : La frayeur du rap français

L’OVNI de cette sélection, Jorrdee est difficile à résumer en un seul paragraphe. Il est issu d’une nouvelle vague de rappeurs « décalés » mise à l’honneur par la mixtape « Boulangerie Française » de DJ Weedim, où il place le titre « Laisse pas rentrer tes démons ». Armé de l’auto-tune et aspirant une multitude d’influences, il sort du four titre sur titre livrés dans ses mixtapes. Son aura médiatique est encore restreinte, mais le morceau avec Weedim (qui compte presque plus de vues que toute son œuvre) réussit le tour de force d’être relativement accessible. Jorrdee va-t-il réussir à vendre son « produit exigent » au public du rap français ? D’autres ont réussi en 2015.

DJ Weedim feat Jorrdee / Laisse pas rentrer les démons

Les styles cohabitent et les écoles se forment

Au regard de cette sélection on peut noter plusieurs points. Artistiquement le rap est divers, plus encore qu’avant chacun peut trouver un artiste qui lui parle. Même si on observe des grosses tendances (comme la trap ses dernières années, et maintenant assurément le cloud rap), les styles cohabitent et des écoles se forment. 2015 fut aussi l’année de solidarité dans le rap français (merci Gradur), 2016 a l’air bien parti pour continuer dans cette lignée.

Au niveau business, le rap change aussi. Dans un contexte où les carrières sont de plus en plus courtes, les rappeurs répètent à qui veut l’entendre qu’ils ne vont pas s’éterniser dans le game. Avec ce paramètre la question de l’indépendance est remise au goût du jour, 2015 a vu exploser deux rappeurs en indépendant (JUL et PNL), seul SCH peut se féliciter de sa signature. Alors : rentabiliser au maximum son talent en un minimum de temps ou prendre le risque de la lenteur d’une signature ?

Quoiqu’il en soit, ces courtes présentations ne sont qu’une invitation à télécharger leurs mixtapes respectives. N’hésitez pas vous aussi à vous risquer à une sélection de 11 rappeurs, sachant que d’ici 2017 beaucoup de flow aura coulé sous les ponts…

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