Brésil : Aécio Neves, l’héritier qui défie Dilma à Rousseff

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AécioNeves, 54 ans, est candidat du Parti de la social démocratie brésilienne (PSDB, centre droit) à la présidentielle du 26 octobre. | YASUYOSHI CHIBA/AFP
Il est en bras de chemise, au soleil, avec un sourire gourmand qui ne le quitte pas. Le candidat à l’élection présidentielle brésilienne, Aécio Neves, 54 ans, vient de s’offrir un bain de foule à Teresina, capitale de l’Etat du Piaui. Dans moins d’une heure, le chef de file du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, centre droit) s’envolera, ce mercredi 13 août, pour un long périple dans le Nordeste, acquis à la présidente sortante Dilma Rousseff, sa grande rivale du Parti des travailleurs (PT, gauche) et favorite des sondages.
Sénateur du Minas Gerais, petit-fils de Tancredo Neves, premier président de la République civile après la dictature militaire (1964-1985) – décédé dans un hôpital de Brasilia avant d’avoir pris ses fonctions –, il est là pour battre la campagne qui vient à peine de commencer. « Faire bouger les lignes », comme il dit, avec cet enthousiasme qui est sa marque.

Son téléphone portable indique 12 h 26 lorsqu’il reçoit un premier message qui lui annonce la nouvelle. L’avion du candidat du Parti socialiste brésilien (PSB), Eduardo Campos, vient de s’écraser près de Sao Paulo. D’abord, il n’y croit pas. Puis le téléphone ne cesse de sonner. Les deux hommes se connaissaient depuis plus vingt ans et, bien qu’adversaires politiques, entretenaient une amitié solide. Aécio Neves est sous le choc. Il annule son périple et décide de mettre le cap sur la ville.

CROIRE EN SON ÉTOILE
Le vol est tendu, quasi silencieux. L’histoire dira peut-être un jour s’il pensait à l’une des phrases qu’il ne cesse de répéter depuis des années : « Etre président n’est pas un plan de carrière, c’est une affaire de destin. »

Aécio Neves reprend sa campagne le 21 août. La veille, l’ancienne ministre de l’environnement du gouvernement Lula, Marina Silva, a été désignée par le PSB pour reprendre le flambeau du défunt candidat. En quelques jours à peine, elle surpasse, et de loin, celui qui occupait confortablement une deuxième place dans les sondages. Pendant de longues semaines, l’équipe d’Aécio Neves ne parvient pas à réagir, incapable de prendre la mesure de l’impact que provoque l’entrée en scène de Marina Silva.« L’avion d’Eduardo est tombé sur notre campagne », lâche l’ex-député Luiz Velloso Lucas.

Deux mois ont passé et voilà Aécio Neves au second tour de la présidentielle, ralliant à lui presque tous les candidats éliminés. Depuis le premier tour, le 5 octobre, les sondages le donnent invariablement au coude-à-coude avec la présidente sortante. Il la devancerait même d’une courte tête d’après quatre enquêtes sur six.

IL PORTE BEAU, POSE EN FAMILLE DANS LES SPOTS DE CAMPAGNE ET RENVOIE L’IMAGE D’UN CANDIDAT DE SON TEMPS
L’homme a su rebondir. Croire en sa bonne étoile, comme il dit. Non sans un certain style. Il porte beau, pose en famille dans les spots de campagne. Et renvoie l’image d’un candidat de son temps, à l’aise devant les caméras, parlant sans notes ou presque, pugnace. Certes, il s’irrite quand on lui rappelle les histoires de corruption et de népotisme du Minas Gerais (une de ses sœurs, un oncle, trois nièces et trois neveux travaillent pour des officines de l’Etat, selon le PT), et devient même agressif par moments au cours des duels télévisés, mais avec une fibre de fauve politique qui ne déplaît pas à un certain électorat, lassé par douze années de gouvernements Lula-Dilma.

Soutenu par la puissante machine du PSDB qui a retrouvé ses esprits à la mi-septembre, entouré d’une efficace équipe de communicants, dont une transfuge du PT, il s’impose comme le candidat du changement. Coupant l’herbe sous le pied de Marina Silva, il s’est fait, à chacune de ses interventions, le porte-voix de l’anti-PT, l’inlassable bateleur caressant la fibre entrepreneuriale et méritocratique des élites et d’une partie des nouvelles classes moyennes. Il s’est choisi, comme caution d’une politique de réduction des déficits publics, Arminio Fraga, ex-président de la banque centrale du Brésil et ancien associé du financier George Soros. Et le Minas Gerais comme vitrine de campagne.

« Le Minas est ma maison et ma cause », a-t-il souvent répété, comme un mantra. Elu à deux reprises gouverneur de cet Etat, deuxième bassin électoral du pays, entre 2003 et 2010, il a été réélu avec 77 % des voix. Il aime d’ailleurs rappeler qu’il a quitté son siège avec 92 % d’opinions favorables.

JET-SETTER OISIF
Petit-fils, mais aussi fils d’homme politique – son père, Aécio Ferreira da Cunha, a été député de l’Arena et du PDS, deux partis ayant soutenu le régime militaire – « Aécinho » est né dans l’un des quartiers les plus chics de Belo Horizonte, capitale prospère de l’Etat du Minas Gerais. A 10 ans, il s’installe avec sa famille à Rio pour suivre un père entré à l’Ecole supérieure de guerre. Le jeune Aécio passe son temps libre sur les motos et les planches de surf. Il se passionne pour le football. Adolescent, il prendra le bus pour assister aux matchs du Cruzeiro, l’équipe des élites de Belo Horizonte. Mais c’est à Rio, au détour des années de lycée, qu’il construit son image de jet-setter oisif et fortuné. De quoi le rendre populaire, plus tard, dans les magazines people qui lui peaufinent une stature de dandy charmeur. En 2002, il sera même élu « l’un des vingt-cinq hommes les plus sexy du Brésil » par la revue Istoe gente. Le journalisteMalu Delgado, dans le mensuelPiaui, cisèle un bon résumé du personnage : « Un mélange de playboy carioca et de gamin de l’intérieur mineiro. »

Le jeune Neves attendra ses 21 ans avant de céder aux appels de son grand-père. De retour à Belo Horizonte, il participe à sa campagne électorale pour le poste de gouverneur. Lui-même s’inscrit à l’université catholique de la ville. « Il était déjà un leader, se souvient Fernando Amoni, professeur d’économie et ancien camarade de cours du candidat. Il était même un enthousiaste défenseur des libertés démocratiques. »

Sa carrière politique commence réellement en 1986. Elu député, il sera réélu à trois reprises. « Tout en continuant à garder son train de vie de bon vivant, insiste un élu local.Les fins de semaine, c’est simple, il n’y avait aucune chance de le joindre. »

Aécio Neves se joue des divisions de l’opposition locale. C’est l’époque des alliances et des compromis « contre nature ». Le PT avalise le « Lulécio » dans les années 2000 (le vote se porte sur Lula au niveau national et sur Aécio Neves localement) puis le « Dilmasia » (Dilma Rousseff et Antonio Anastasia, successeur d’Aécio au poste de gouverneur en 2010).« Aécio est fort, surtout cynique et disposant d’un réseau d’entreprises et d’un appareil de contrôle extrêmement large », affirme l’un de ses principaux contradicteurs, Rogério Correia, député PT.

Plusieurs journalistes locaux se verront ainsi mis à la porte après avoir rédigé des articles jugés trop critiques à son égard. Lui-même possède d’ailleurs trois radios et un journal local. Il faut attendre 2011 pour voir apparaître un premier groupe d’opposition structurée, « Minas sans censure ». Les accords politiques sont dénoncés. Quelques « affaires » ressortent, comme celle du « mensalão mineiro » (« grosse mensualité » du Minas Gerais), un système de corruption pour lequel le parquet fédéral avait requis une peine de vingt-deux ans de prison contre Eduardo Azeredo, ancien sénateur mineiro et cofondateur du PSDB.

CHOC DE GESTION
Etendard d’Aécio Neves, le « choc de gestion » ou « déficit zéro », comme il aime appeler le programme qu’il a appliqué lors de ses mandats de gouverneur, est critiqué pour ses effets limités. On rappelle que le gouverneur avait stoppé les investissements durant sa première année de législature, gelé les salaires des fonctionnaires. La croissance « chinoise » de 8,9 % du Minas Gerais en 2010, montrée en exemple par le candidat Neves, est accolée au PIB de l’année précédente – qui avait reculé de 4 %. Sur la période 2003 à 2010, la croissance de l’Etat n’a fait que suivre, quasiment du même pas, la moyenne nationale. Autant d’arguments aujourd’hui repris par Dilma Rousseff et qui commencent tout juste à faire effet, selon les instituts de sondage.

En juillet, le candidat Neves a subi son premier coup dur. Le quotidien Folha révèle que du temps où il était gouverneur, il avait ordonné la construction d’un aéroport sur le terrain d’un de ses oncles, situé en bordure de la ville de Claudio. Un mois plus tard survint la mort d’Eduardo Campos, avec les conséquences que l’on sait. Depuis le premier tour, le PSDB « populise » le candidat. Il concocte des meetings avec des athlètes et des musiciens. On le voit dans des favelas et certains quartiers périphériques. Il s’affiche aussi aux côtés de sa nouvelle femme, Leticia Weber, 34 ans, un ancien mannequin avec qui il a eu des jumeaux en juin. Une fille et un garçon qu’il s’est empressé de baptiser dans l’une des églises les plus traditionalistes du Minas Gerais.

Le 16 octobre, au cours d’un énième duel retransmis en direct, l’Etat, dont est également originaire la présidente sortante, a été une nouvelle fois au centre d’une bonne partie des échanges, particulièrement acrimonieux. La tension a atteint un sommet lorsque Dilma Roussef a interrogé son adversaire sur les contrôles anti-alcoolémie, alors que ce dernier avait, de notoriété publique, refusé de souffler dans le ballon, en 2011, à Rio.« C’est arrivé et je m’en suis excusé », s’est insurgé Aécio Neves, accusant la présidente de mener « la plus basse campagne électorale » depuis la fin de la dictature. « Moi, je ne conduis pas ivre et droguée », a-t-elle répliqué, dans une double allusion à sa réputation de fêtard mondain.

Aécio Neves n’a pas relevé. Peut-être pensait-il à sa campagne de 2002, lorsqu’il briguait le siège de gouverneur du Minas Gerais et que son adversaire de l’époque, Newton Cardoso, avait fait diffuser un spot télévisé insinuant qu’il avait pris de la cocaïne. Il avait alors remporté l’élection au premier tour.

Selon deux sondages, rendus publics lundi 20 octobre, Aécio Neves est légèrement dépassé par Dilma Rousseff pour la première fois dans les intentions de vote. Il reste un dernier débat vendredi 24 octobre au soir, avant le second tour dimanche. Deux heures sur Globo, la plus grande chaîne de télévision du pays. Un moment crucial pour les deux candidats. Lundi, Aécio est retourné à l’église Senhora da Piedade, à Caeté, dans le Minas Gerais. L’endroit même où il avait annoncé sa candidature fin juillet, quelques jours avant l’accident d’avion. « Une affaire de destin », dit-il.

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